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Politique et État

Le clan Taira fuit avec l'empereur Antoku lors de la guerre de Genpei

Japan

Le clan Taira fuit avec l'empereur Antoku lors de la guerre de Genpei — Japan
Image: Artist: Fujiwara Tamenobu (藤原為信 - ためのぶ) and Takenobu (豪信 たけのぶ) (both dates of birth and death unknown). Late Kamakura pe · Public domain

Imagine un instant : l'empereur du Japon, descendant direct de la déesse du soleil Amaterasu, n'est pas une figure statique sur son trône chrysanthème, mais un enfant de six ans, hissé à la hâte sur une litière, balancé au rythme des porteurs, tandis que les symboles millénaires de son pouvoir divin – une épée sacrée, un joyau et un miroir – tressautent dangereusement dans des coffres à ses côtés. Ce n'est pas une procession triomphale, mais une fuite éperdue, le jour qui a tout changé pour le clan Taira.

Jusqu'alors, la lignée Taira avait régné sur Kyoto avec une main de fer. Ils avaient épousé les princesses impériales, rempli la cour de leurs partisans, et siégé aux postes les plus influents. Taira no Kiyomori, le patriarche, avait même fait de sa demeure un centre de pouvoir rivalisant avec le palais impérial, installant ses fils et petits-fils aux plus hautes charges. Kyoto bruissait de leur faste, de leurs intrigues, de leur invincibilité autoproclamée. Le monde était Taira, et cela semblait gravé dans la pierre pour l'éternité. Quiconque n'était pas Taira était, au mieux, une considération mineure, au pire, un obstacle à écarter avec une désinvolture presque charmante.

Puis, comme souvent, la réalité a eu le mauvais goût de ne pas se conformer aux attentes. Le clan Minamoto, longtemps relégué au second plan, sous la houlette de l'astucieux Yoritomo et du brillant stratège Yoshitsune, avait commencé une lente mais inexorable remontée. La bataille de Kurikara, en juin 1183, fut le coup de massue. Les Taira, forts de dizaines de milliers d'hommes, y furent écrasés par une ruse simple mais efficace : des milliers de bœufs aux cornes enflammées lancés dans leurs rangs. La déroute fut totale, l'humiliation cuisante. La nouvelle remonta à Kyoto comme un vent glacial.

Le 14 août 1183, la bulle d'invincibilité des Taira éclata. Face à l'avancée irrésistible des Minamoto vers la capitale, Taira no Munemori, le fils de Kiyomori et chef du clan, n'eut d'autre choix que de fuir. Mais il ne s'agissait pas d'une simple retraite stratégique. Dans un acte de désespoir calculé, il emmena avec lui l'empereur Antoku, âgé de six ans, et les trois symboles sacrés du Japon : le joyau Yasakani no Magatama, le miroir Yata no Kagami, et l'épée Kusanagi-no-Tsurugi. Ces objets, bien plus que de simples reliques, étaient la légitimité même de la dynastie impériale, la preuve de son ascendance divine. Les prendre, c'était tenter de déraciner le pouvoir de Kyoto et de le transplanter ailleurs, de conserver une monnaie d'échange inestimable.

Le contraste était saisissant. Un jour, Kyoto était la ville des Taira, leur fief inexpugnable. Le lendemain, la capitale était vidée de ses maîtres, abandonnée aux Minamoto qui y entrèrent sans rencontrer de résistance significative. La cour impériale se retrouva scindée, avec un empereur « légitime » en fuite et un nouvel empereur, Go-Toba, intronisé à la hâte par les Minamoto dans une Kyoto libérée mais désormais privée de ses trésors les plus précieux. Munemori croyait emporter la légitimité avec lui ; il n'emporta que le début d'une longue et tragique errance. Le fait le plus piquant, c'est que l'épée Kusanagi-no-Tsurugi, si essentielle à la légitimité impériale, n'était probablement qu'une réplique, l'original ayant été perdu des siècles auparavant lors d'une noyade en mer. Une fuite monumentale pour un objet dont la valeur symbolique éclipsait la matérialité, et dont l'authenticité était déjà une question de foi. Le monde des Taira s'était évaporé, remplacé par un chaos dont la résolution ne viendrait qu'avec la fin sanglante de leur lignée, et la perte définitive de ces mêmes trésors dans les profondeurs de la mer, quelques années plus tard.

Source: en.wikipedia.org/wiki/Taira no Munemori

Guerre et conflit

Les forces irlandaises remportent la bataille de Yellow Ford

Yellow Ford, Ireland

Les forces irlandaises remportent la bataille de Yellow Ford — Yellow Ford, Ireland
Image: Jacobfrid · CC BY-SA 4.0

Le 14 août 1598, l'air au-dessus de la Blackwater était lourd, saturé de l'humidité des tourbières irlandaises et de l'odeur âcre de la peur. À l'aube, une colonne anglaise, forte de quelque 4 000 hommes, s'étirait sur des kilomètres le long de l'unique chemin praticable. Leur mission : soulager un fort assiégé, une mission de routine qui, depuis des mois, tournait au cauchemar. Les fantassins, leurs piques et mousquets lourds, avançaient péniblement, leurs bottes s'enfonçant dans la boue. Derrière eux, les six canons, traînés par des chevaux et des bœufs, creusaient des ornières profondes. C'était une matinée comme tant d'autres, baignée dans un silence trompeur, rompu seulement par le cliquetis des armures et le murmure des ordres. Mais ce calme était une illusion, patiemment tissée par un homme qui connaissait cette terre comme personne.

Hugh O'Neill, comte de Tyrone, n'était pas un rebelle de la dernière heure. Il avait passé des années à observer, à apprendre, à construire une force disciplinée, capable de rivaliser avec les redoutables armées d'Élisabeth Ire. Il avait fortifié sa position à Áth Buí, le « Gué Jaune », près de ce fort qui étranglait la présence anglaise dans l'Ulster. Pendant des semaines, il avait fait creuser des tranchées, abattre des arbres pour bloquer le passage, et positionner ses tireurs dans les fourrés denses. Il avait transformé le paysage en un piège mortel, invisible à l'œil non averti. L'armée anglaise, menée par le maréchal Sir Henry Bagenal, qui se trouvait être le beau-frère d'O'Neill – une ironie que l'histoire, avec son humour noir, aime parfois concocter – s'enfonçait aveuglément.

À mesure que la colonne s'étirait, elle perdait sa cohésion. L'avant-garde avançait, mais l'arrière-garde traînait, ralentie par les chariots de ravitaillement et les canons embourbés. Ce n'était plus une force unie, mais une série de tronçons vulnérables. Vers midi, le piège se referma. Des tirs de mousquets éclatèrent des bois, suivis par les hurlements des kerns, l'infanterie légère irlandaise. Bagenal, qui chevauchait en tête pour rallier ses hommes dispersés, fut touché mortellement à la tête par une balle de mousquet. La mort de leur commandant plongea les Anglais dans la panique. La retraite s'organisa mal, puis dégénéra en déroute.

Les forces irlandaises remportent la bataille de Yellow Ford — Yellow Ford, Ireland
Image: AnonymousUnknown author · Public domain

Les hommes d'O'Neill, armés de mousquets et de haches, tirèrent à bout portant sur les rangs anglais désorganisés. Les soldats, piégés entre les tourbières et les fossés, furent massacrés. Des 4 000 hommes qui avaient marché sous le soleil du matin, plus de 1 500 furent tués, dont 18 officiers, et un nombre incalculable blessés. Les six canons, fierté de l'artillerie anglaise, furent tous capturés. Des chariots remplis de poudre et de munitions furent abandonnés, certains incendiés par les Anglais pour éviter qu'ils ne tombent aux mains de l'ennemi, ajoutant un vacarme assourdissant et une fumée âcre au carnage.

La bataille du Gué Jaune fut la pire défaite subie par les Anglais en Irlande au cours du XVIe siècle. Elle ne fut pas un simple revers ; elle valida la stratégie militaire d'O'Neill et galvanisa la rébellion irlandaise. D'autres chefs gaéliques, voyant la victoire possible, rejoignirent sa cause. Il fallut à la Couronne anglaise des années et des sommes colossales pour se remettre de cette débâcle. Un an plus tard, un nouveau corps expéditionnaire, le plus grand que l'Angleterre ait jamais envoyé en Irlande, débarquait, mené par le comte d'Essex. Il était censé écraser O'Neill. Il fit la paix avec lui. Le Gué Jaune n'était pas seulement une victoire tactique ; c'était un séisme qui allait redéfinir la guerre en Irlande et, pour un temps, faire de Hugh O'Neill le maître incontesté de l'Ulster.

Les forces irlandaises remportent la bataille de Yellow Ford — Yellow Ford, Ireland
Image: Irish confederacy · Public domain

Source: en.wikipedia.org/wiki/Nine Years' War (Ireland)

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