Al‑Hakim bi‑Amr Allah, le calife fatimide d’Égypte, a publié un édit ordonnant la démolition totale de l’Église du Saint-Sépulcre à Jérusalem. L’ordre, rédigé en arabe le 18 octobre 1009, fut envoyé au gouverneur de la ville, qui rassembla une force d’environ deux cents soldats et une équipe de tailleurs de pierre. Les travaux commencèrent quelques jours plus tard ; le dôme principal, la pierre d’autel et les murs environnants furent rasés, et les décombres restants furent dispersés au‑delà des remparts de la ville.
Le motif du calife reposait sur son interprétation de la loi islamique, qui prohibait le maintien d’un sanctuaire chrétien sur un site qu’il considérait sacré à l’islam. Les chroniques contemporaines rapportent qu’Al‑Hakim ordonna également l’exécution de plusieurs clercs chrétiens qui protestèrent contre la démolition, bien que le nombre exact ne soit pas conservé. La destruction élimina le principal lieu de pèlerinage pour les fidèles orthodoxes orientaux, catholiques romains et arméniens qui se rendaient à Jérusalem depuis des siècles.
L’effet immédiat fut une forte chute du trafic de pèlerins. Les registres de l’Abbaye de Saint‑Simeon montrent que le nombre de pèlerins est passé d’environ 1 200 par an à la fin du Xe siècle à moins de 200 en 1015. Les commerçants locaux, qui vendaient nourriture, hébergement et souvenirs, perdirent environ 70 pour cent de leurs revenus, comme le note un registre fiscal du trésor fatimide. La communauté chrétienne de Jérusalem fut contrainte de prier dans des maisons privées, et beaucoup s’enfuirent vers des villes voisines telles qu’Antioche et Le Caire.
La démolition eut des répercussions dans tout le bassin méditerranéen. En 1012, l’empereur byzantin Basile II envoya une mission diplomatique réclamant une restitution, mais la cour fatimide refusa. La perte du lieu saint devint un point de ralliement pour les souverains occidentaux ; le pape Léon IX cita cet acte dans des lettres aux princes français et italiens, appelant à une réponse. Cette rhétorique contribua à la justification idéologique de la Première Croisade, lancée en 1095, lorsque les armées croisées promirent explicitement de restaurer l’église. Après la prise de Jérusalem en 1099, le sanctuaire fut reconstruit sous la direction du chef croisé Godefroy de Bouillon, grâce à des fonds recueillis dans toute l’Europe.
L’ordre d’Al‑Hakim a donc remodelé la géographie religieuse de la Terre sainte, perturbé l’économie locale et créé un précédent pour les conflits ultérieurs autour des espaces sacrés. L’héritage de cette démolition perdura pendant des siècles, influençant les relations interconfessionnelles et le calcul politique des mouvements croisés.
Le facteur décisif de la bataille d'Assandun fut la décision du roi danois Cnut, prise début octobre 1016, de confronter les forces anglaises avant qu'elles ne puissent s'unir sous le nouveau roi Edmund Ironside. Cnut avait déjà sécurisé le sud‑est après la mort de son frère Sweyn, mais il craignait qu'une armée anglaise combinée n'engendre un impasse. En se déplaçant rapidement vers Assandun, un site en hauteur près de l'actuelle Ashingdon, il imposa une confrontation selon ses conditions.
L'armée anglaise rassemblée par Edmund comptait environ 6 000 hommes, incluant un noyau de housecarls expérimentés et de thégns levés. Les sources contemporaines estiment la force danoise à environ 8 000, composée de guerriers vikings aguerris et de mercenaires nouvellement recrutés. Les deux camps se positionnèrent sur des pentes opposées, les Anglais espérant exploiter le terrain élevé tandis que les Danois déployaient leurs murs de boucliers le long de la crête. Cnut ordonna une retraite feinte sur son flanc gauche, tactique consignée dans l'Anglo‑Saxon Chronicle, qui attira les Anglais en avant et brisa leur formation.
Les pertes furent lourdes du côté anglais. La Chronique indique que seulement quelques centaines des 6 000 originaux survécurent à la mêlée, tandis que les pertes danoises furent nettement moins nombreuses, peut‑être quelques centaines d'hommes. La mort de plusieurs comtes anglais, dont le notable Ælfhelm, est mentionnée, bien que les chiffres exacts restent incertains. La bataille se termina en deux heures, et les forces anglaises restantes fuirent le champ, abandonnant leur camp et leurs provisions qui furent capturés.
La conséquence immédiate de la victoire danoise fut la reddition d'Edmund Ironside après une brève négociation à Londres. Edmund conserva la couronne quelques semaines avant de mourir en novembre 1016, après quoi Cnut fut reconnu comme roi de toute l'Angleterre. Cette unification mit fin à la période de double règne qui avait commencé après la mort d'Æthelred le Malavisé en 1016 et permit à Cnut d'établir un empire de la mer du Nord incluant le Danemark et la Norvège. La consolidation du pouvoir entraîna également l'introduction des coutumes juridiques danoises, la frappe de nouvelles monnaies portant le nom de Cnut, et une période de stabilité relative qui dura jusqu'à sa mort en 1035.
Au début des années 1080, l'Empire byzantin contrôlait la côte adriatique de Dyrrachion à Durazzo, tandis que le duché normand d'Apulie et de Calabre sous Robert Guiscard cherchait à s'implanter dans les Balkans. Après une tentative avortée en 1080 d'obtenir une alliance avec les Turcs seldjoukides, l'empereur Michel VII envoya une force d'environ 20 000 hommes pour défendre Dyrrachion, un port fortifié qui commandait la principale voie terrestre vers l'empire depuis l'ouest. Robert Guiscard rassembla une armée expéditionnaire estimée à 30 000 fantassins et cavaliers, complétée par une flotte de 150 navires, pour revendiquer la même région.
Le plan normand reposait sur un siège coordonné suivi d'une bataille de champ. Guiscard plaça ses engins de siège sur les collines entourant la ville et ordonna à sa cavalerie de bloquer toute sortie byzantine. Les Byzantins, commandés par le vétéran général Michel Doukas, tentèrent de rompre le siège en attaquant les lignes normandes le 18 octobre 1081. Leur assaut se concentra dans une vallée étroite où l'infanterie normande formait une muraille d'escudos. La cavalerie byzantine chargea, mais la lourde cavalerie normande, équipée d'armure lamellaire et de lances, contre‑chargea et mit en déroute les assaillants. Les sources contemporaines indiquent des pertes byzantines d'environ 7 000 tués et 5 000 capturés, tandis que les pertes normandes étaient inférieures à 2 000.
Cette défaite décisive força Michel VII à abandonner la défense des Balkans occidentaux. En quelques semaines, les forces normandes pénétrèrent la ville de Dyrrachion, s'emparèrent de ses provisions et installèrent une garnison loyale à Guiscard. La perte priva les Byzantins d'une base d'approvisionnement stratégique et ouvrit la route vers Thessalonique pour de futures raids normands. Elle affaiblit également la position politique de Michel VII, menant à son renversement en 1078 et à l'accession d'Alexios Ier Komnénos, qui négociera plus tard une paix obligeant les Normands à payer un tribut pour l'usage des ports adriatiques.
La bataille démontra l'efficacité d'opérations de siège combinées à une réserve de cavalerie lourde mobile contre une force numériquement supérieure mais moins coordonnée. Elle illustra aussi les limites des tactiques de champ byzantines face à des troupes normandes disciplinées, entraînées à la guerre d'Europe occidentale. La prise de Dyrrachion changea l'équilibre des pouvoirs dans la région, contraignant l'Empire byzantin à détourner des ressources vers sa frontière occidentale et influençant le paysage diplomatique de l'Europe du Sud pendant la décennie suivante.
Zhu Xi est né le 18 octobre 1130 à Luzhou, une ville de la province du Fujian en Chine. Sa naissance a introduit l’esprit d’un érudit qui allait plus tard réorganiser le canon confucéen en un système pouvant être enseigné dans les écoles et examiné dans la bureaucratie d’État.
Avant Zhu Xi, l’étude des classiques confucéens reposait sur des commentaires très variables selon les savants, et les examens de la fonction publique testaient la mémorisation de nombreux textes séparés. Zhu Xi a identifié les Quatre Livres – La Grande Étude, La Doctrine du Milieu, Les Entretiens et Mencius – comme un cursus de base. Il a rédigé des commentaires détaillés expliquant chaque passage à l’aide d’un cadre métaphysique unifié fondé sur les concepts de li (principe) et de qi (force matérielle). En définissant une méthode d’interprétation cohérente, il a rendu possible pour les enseignants de proposer un seul programme et pour les candidats de se préparer à un ensemble commun de questions.
Le mécanisme de sa réforme a été la production d’éditions imprimées des Quatre Livres avec ses commentaires annexés. Au milieu du XIIᵉ siècle, l’impression à blocs de bois a permis la diffusion de plus de 200 exemplaires à travers l’empire Song, une ampleur qui a assuré que sa version devienne le texte standard dans les académies provinciales. La cour Song a officiellement adopté son commentaire en 1241, et la dynastie Yuan l’a conservé pour les examens impériaux. Ainsi, sur les quelque 1,2 million de candidats qui ont passé les examens entre les XIIIᵉ et XVe siècles, au moins 80 % ont étudié l’interprétation de Zhu Xi.
Zhu Xi a également organisé un réseau d’académies privées, appelées shuyuan, où il enseignait directement aux étudiants. Les archives montrent que son académie de Songjiang a inscrit 45 érudits au cours de sa première décennie, et que beaucoup de ces érudits ont ensuite occupé des postes de préfets ou de ministres. Son insistance sur la cultivation morale personnelle combinée à une analyse textuelle rigoureuse a créé une classe professionnelle d’officiels partageant un vocabulaire éthique commun.
L’effet à long terme de son œuvre a été que le néo‑confucianisme est devenu le fondement idéologique dominant de la gouvernance chinoise pendant trois siècles. Au moment où la dynastie Ming a restauré la domination native, les examens de la fonction publique exigeaient toujours la maîtrise des Quatre Livres de Zhu Xi, et le même programme a perduré jusqu’au début de la République. Son système a transformé la philosophie morale abstraite en un outil pratique d’administration d’État, une transformation impensable avant sa naissance.
Le 18 octobre 1356, un séisme a dévasté la ville de Bâle, détruisant la plupart de ses édifices en pierre et faisant environ 2 000 victimes. Le tremblement provient de la faille de Bâle, une fracture à coulissage qui libère la contrainte tectonique accumulée lorsque la plaque eurasienne glisse sous la plaque africaine. Lorsque la faille s’est déplacée, l’énergie s’est propagée, provoquant des mouvements du sol d’intensité X sur l’échelle de Mercalli, suffisants pour faire s’effondrer la cathédrale, les remparts et la halle du marché.
Avant le choc, Bâle était une ville impériale libre prospère d’environ 15 000 habitants, avec une université fondée en 1460 encore loin d’être créée, et un périmètre défensif de murs de pierre ponctués de huit portes. Le conseil municipal, composé de vingt représentants des corporations, supervisait le commerce du textile, du vin et du fer, tandis que le diocèse possédait la cathédrale et les terres ecclésiastiques environnantes. Les murs et les tours de porte protégeaient le quartier du marché, où les marchands entreposaient leurs marchandises dans des entrepôts en pierre.
Le séisme a rompu les murs à trois endroits, renversé deux tours de porte et réduit la nef de la cathédrale en décombres. Après l’événement, la ville a recensé 1 200 maisons détruites, 300 structures partiellement endommagées et une perte d’environ 30 % de sa base fiscale. Le conseil s’est réuni dans l’hôtel de ville survivant et a ordonné la démolition immédiate des murs dangereux, les remplaçant par un parapet de pierre plus bas, plus rapide à réparer. Le diocèse a reconstruit la cathédrale en utilisant une charpente en bois pour le toit, technique qui a ensuite permis une reconstruction plus rapide après les incendies.
Dans les semaines qui ont suivi le séisme, une aide d’urgence est arrivée des villes voisines de Colmar et Strasbourg, apportant du grain, du bois et des maçons qualifiés. La ville a imposé une taxe de deux marques d’argent par ménage pour financer les travaux, taxe qui a perduré trois ans. En 1359, les nouveaux murs furent achevés, enfermant une superficie légèrement plus petite et comportant moins de portes, ce qui a modifié les routes commerciales et déplacé l’activité économique vers la place du marché occidental. La réduction des fortifications a fait perdre à Bâle son niveau de défense habituel, poussant les cantons voisins à renégocier les accords frontaliers en 1362.
Le changement le plus durable fut le passage de la construction massive en pierre à des techniques plus légères en bois et en brique, pratique qui s’est répandue dans toute la région du Haut-Rhin et a réduit le coût des reconstructions après les séismes ultérieurs. Cette adaptation découle directement de la catastrophe de 1356 et a façonné le caractère architectural de Bâle pendant le siècle suivant.