Bataille de la Boyne : la victoire de Guillaume III scelle l'Ascendance protestante
Boyne River, Ireland
Guillaume III aurait pu mourir dans une rivière irlandaise par un matin de juillet, et l'histoire entière de l'île aurait basculé. Au moment de traverser la Boyne avec ses troupes, le roi protestant a glissé sur les rochers — l'eau lui a atteint la poitrine, son cheval a failli le désarçonner — et pendant quelques secondes terrifiantes, personne n'a su s'il réussirait à atteindre l'autre rive. Il l'a fait. Jacques II, qui regardait de loin avec ses généraux catholiques, a compris que le sort s'était décidé.
Mais voilà ce qu'on ignore : le jour où ce combat s'est joué n'a jamais vraiment existé. Ou plutôt, il a existé deux fois selon le calendrier qu'on choisissait. En Angleterre, on était le 1er juillet 1690. En Irlande catholique et en Europe continentale, on était déjà le 12 juillet. Ce décalage de onze jours — résidu d'une réforme calendaire que les protestants anglais avaient refusée pendant des décennies — allait devenir l'une des ironies les plus durables de l'histoire irlandaise. Aujourd'hui encore, les protestants du nord de l'Irlande célèbrent "le 12 juillet". Ils marquent une victoire sur un calendrier que leurs ancêtres n'avaient pas accepté.
Mais d'abord, pourquoi cette bataille existait-elle ? La réponse révèle un enchevêtrement inextricable de pouvoir et de religion. Guillaume III n'était pas venu combattre pour Dieu — il était venu combattre pour le trône d'Angleterre. Jacques II, son prédécesseur, l'avait perdu trois ans plus tôt, non vraiment parce qu'il était catholique, mais parce qu'une faction puissante de nobles et de marchands protestantAngleterre avait décidé qu'un roi catholique représentait une menace pour leurs intérêts. Ils avaient invité Guillaume de Hollande à prendre le pouvoir. C'était affaires de succession et d'argent, saupoudrées de rhétorique religieuse.
La bataille elle-même n'a pas été spectaculaire militairement — environ 36 000 hommes de Guillaume contre 25 000 de Jacques, quelques milliers de morts, une victoire claire mais sans anéantissement de l'armée ennemie. Ce qui a compté, c'est ce que Guillaume a fait après. En gagnant militairement, il a libéré une vengeance politique contre les catholiques irlandais qui avait attendu sa chance depuis des décennies. Entre 1690 et 1725, les parlements dominés par les protestants ont voté les Penal Laws — des lois draconniennes qui interdisaient aux catholiques de voter, de posséder des terres, de fréquenter l'école, presque d'exister légalement. Les propriétés catholiques ont été confisquées. Une classe entière a été appauvrie.
La vraie conséquence de la Boyne n'était donc pas militaire. C'était une transformation permanente de la composition ethnique et religieuse de l'Irlande, accomplie non par l'épée mais par la loi, par la bureaucratie, par la patience. Deux siècles plus tard, des générations d'Irlandais nés sans droits se souviendraient de cette rivière que Guillaume avait à peine traversée vivant.
Aujourd'hui, dans les rues de Belfast, les murales commémorent le 12 juillet comme un triomphe de la liberté protestante. Pour les catholiques irlandais, ce même jour marque le début du siècle et demi pendant lequel ils ont appris à survivre en tant que citoyens de seconde classe dans leur propre île. Même le calendrier n'a jamais pu les rapprocher.