Srebrenica tombe; 8.000 morts
Srebrenica, Bosnia and Herzegovina
Les soldats hollandais gardaient une porte qu'on ne pouvait pas vraiment franchir. C'est peut-être ça, le détail qu'on oublie : à Srebrenica, il y avait des casques bleus. Trois cents hommes environ, armés mais pas vraiment, car leurs chefs à New York avaient décidé qu'une « zone de sécurité » ne devait pas faire trop de bruit. Quand les blindés serbes ont commencé à entrer dans la ville le 11 juillet 1995, ces Néerlandais regardaient.
La Bosnie se désagrégeait depuis quatre ans. Pas lentement. Des villes entières vidées, des villages nettoyés. Srebrenica, enclave musulmane en territoire serbe, avait été déclarée zone protégée par les Nations unies en 1993. Douze mille civils se sont pressés dedans, puis quinze mille, puis quarante mille. Pas de vivres suffisants. Pas assez d'eau. L'hiver arrivait et les gens dormaient à trois par lit. C'était un endroit qui sentait la peur et la poussière de béton écrasé.
Le général Ratko Mladić savait ce qu'il faisait. Ses commandos ont avancé sur des routes que le Néerlandais Thom Karremans — le commandant sur place — ne pouvait pas bloquer. L'ordre venait de plus haut : ne pas provoquer. Ne pas faire d'escalade. La Croix-Rouge nota plus tard qu'environ 25 000 personnes avaient quitté la ville les jours précédents, les femmes et enfants surtout. Pas un hasard. Les hommes restaient. Teenage boys aussi. C'était arrangé.
Dans le stade de football, on a séparé les mâles des femelles comme on le ferait à la frontière d'un abattoir. Les femmes pleuraient, criaient des noms. Les hommes savaient déjà ce que ça signifiait. Pendant que Mladić passait en inspection, souriant sur les photos — photo documentée, preuve, trace — ses unités massacraient. Pas tous à la fois. C'était organisé. À Potočari, à Pilica, à Kravica, dans les écoles réquisitionnées, les fosses communes. Huit mille deux cents hommes et garçons. Les relevés sont précis maintenant. On a les noms.
Ce qui rend la chose étrange : les Néerlandais ont filmé des parties de ça. Ont pris des notes. Ont vu les autobus charger les hommes et les garçons. Et puis ils ont rangé leurs caméras. L'ordre était clair. Protéger la zone, pas la défendre. Pas la même chose. La protection, c'est quand on a les moyens et qu'on les utilise. La défense, c'est quand on met sa vie en danger. Les trois cents casques bleus avaient décidé — ou avaient décidé pour eux — que le bien ne valait pas le prix du sang des nôtres.
Le tribunal international l'a classé plus tard : génocide. Pas crime de guerre. Le mot veut dire intention. Intention d'éradiquer. Et Mladić, lui, est mort en prison en 2023 après des années de procès, non sans avoir attendu le confort d'une cellule de Scheveningen. Entre-temps, la Serbie a adhéré à l'Union européenne. Les agresseurs cherchent toujours des avocats. Les mères cherchent encore les os de leurs fils dans les fosses communes, identifiés par l'ADN, ensevelis de nouveau chaque année à Potočari.
Le vrai détail qu'on n'enseigne nulle part : les Néerlandais n'ont pas échoué à protéger Srebrenica. Ils ont réussi exactement ce pour quoi on les avait envoyés. Rester neutre. Observer. Rentrer vivants.