Daily History
Guerre et conflit

Srebrenica tombe; 8.000 morts

Srebrenica, Bosnia and Herzegovina

Srebrenica tombe; 8.000 morts — Srebrenica, Bosnia and Herzegovina
Image: Michael Büker · CC BY-SA 3.0

Les soldats hollandais gardaient une porte qu'on ne pouvait pas vraiment franchir. C'est peut-être ça, le détail qu'on oublie : à Srebrenica, il y avait des casques bleus. Trois cents hommes environ, armés mais pas vraiment, car leurs chefs à New York avaient décidé qu'une « zone de sécurité » ne devait pas faire trop de bruit. Quand les blindés serbes ont commencé à entrer dans la ville le 11 juillet 1995, ces Néerlandais regardaient.

La Bosnie se désagrégeait depuis quatre ans. Pas lentement. Des villes entières vidées, des villages nettoyés. Srebrenica, enclave musulmane en territoire serbe, avait été déclarée zone protégée par les Nations unies en 1993. Douze mille civils se sont pressés dedans, puis quinze mille, puis quarante mille. Pas de vivres suffisants. Pas assez d'eau. L'hiver arrivait et les gens dormaient à trois par lit. C'était un endroit qui sentait la peur et la poussière de béton écrasé.

Le général Ratko Mladić savait ce qu'il faisait. Ses commandos ont avancé sur des routes que le Néerlandais Thom Karremans — le commandant sur place — ne pouvait pas bloquer. L'ordre venait de plus haut : ne pas provoquer. Ne pas faire d'escalade. La Croix-Rouge nota plus tard qu'environ 25 000 personnes avaient quitté la ville les jours précédents, les femmes et enfants surtout. Pas un hasard. Les hommes restaient. Teenage boys aussi. C'était arrangé.

Srebrenica tombe; 8.000 morts — Srebrenica, Bosnia and Herzegovina
Image: Wikimedia Commons · CC BY-SA 3.0

Dans le stade de football, on a séparé les mâles des femelles comme on le ferait à la frontière d'un abattoir. Les femmes pleuraient, criaient des noms. Les hommes savaient déjà ce que ça signifiait. Pendant que Mladić passait en inspection, souriant sur les photos — photo documentée, preuve, trace — ses unités massacraient. Pas tous à la fois. C'était organisé. À Potočari, à Pilica, à Kravica, dans les écoles réquisitionnées, les fosses communes. Huit mille deux cents hommes et garçons. Les relevés sont précis maintenant. On a les noms.

Ce qui rend la chose étrange : les Néerlandais ont filmé des parties de ça. Ont pris des notes. Ont vu les autobus charger les hommes et les garçons. Et puis ils ont rangé leurs caméras. L'ordre était clair. Protéger la zone, pas la défendre. Pas la même chose. La protection, c'est quand on a les moyens et qu'on les utilise. La défense, c'est quand on met sa vie en danger. Les trois cents casques bleus avaient décidé — ou avaient décidé pour eux — que le bien ne valait pas le prix du sang des nôtres.

Srebrenica tombe; 8.000 morts — Srebrenica, Bosnia and Herzegovina
Image: User:Emir Arven · CC BY-SA 3.0

Le tribunal international l'a classé plus tard : génocide. Pas crime de guerre. Le mot veut dire intention. Intention d'éradiquer. Et Mladić, lui, est mort en prison en 2023 après des années de procès, non sans avoir attendu le confort d'une cellule de Scheveningen. Entre-temps, la Serbie a adhéré à l'Union européenne. Les agresseurs cherchent toujours des avocats. Les mères cherchent encore les os de leurs fils dans les fosses communes, identifiés par l'ADN, ensevelis de nouveau chaque année à Potočari.

Le vrai détail qu'on n'enseigne nulle part : les Néerlandais n'ont pas échoué à protéger Srebrenica. Ils ont réussi exactement ce pour quoi on les avait envoyés. Rester neutre. Observer. Rentrer vivants.

Source: en.wikipedia.org/wiki/Srebrenica massacre

Exploration

Zheng He Embarque pour Premier Voyage

Nanjing, China

Zheng He Embarque pour Premier Voyage — Nanjing, China
Image: Marcin Konsek · CC BY-SA 4.0

En juillet 1405, les chantiers navals de Nankin libèrent une flotte si immense que les observateurs des côtes durent se demander s'ils regardaient une expédition maritime ou une invasion. Zheng He, ce géant de trois mètres de haut — ancien esclave devenu amiral de la Marine impériale — commandait un armada qui rendrait ridicule tout ce que l'Europe enverrait sur les mers durant les cent années suivantes. Les chiffres donnent le vertige : près de trois cents navires selon certains récits, des centaines d'autres selon d'autres sources, avec des vaisseaux-trésor censés mesurer quatre cent quarante pieds de long. Pour donner une perspective : le Santa Maria de Colomb, qui ne naviguerait que quatre-vingt-sept ans plus tard, faisait environ quatre-vingt-cinq pieds. Zheng He voyageait sur des navires cinq fois plus grands.

Cette flotte n'était pas une simple quête commerciale déguisée. Elle était un acte de présence impériale absolue — une déclaration à l'océan Indien que la Chine Ming possédait ces eaux et tous les royaumes qui les bordaient. Presque 28 000 hommes s'entassaient à bord : équipage, soldats, marchands, cartographes, astronomes, médecins, interprètes. Les navires disposaient de compartiments étanches, d'une technologie que l'Europe ne maîtriserait que plusieurs siècles plus tard. Zheng He lui-même ne voyait peut-être pas la mer comme une barrière à franchir, mais comme un boulevard à traverser, une route de gravier mouillé menant à la manifestation du pouvoir impérial.

L'objectif officiel tenait en quelques mots : imposer l'autorité de l'Empereur dans l'océan Indien, établir des relations tributaires avec les royaumes côtiers, apporter des trésors et des tributs à Nankin. Le convoi atteignit Calicut, Aden, les côtes de la Somalie, peut-être la Mecque. Sept voyages suivront entre 1405 et 1433, parcourant ensemble plus de 100 000 milles nautiques — cartographiant, commerçant, dominant.

Et puis — voilà ce qui donne son étrange saveur à ce récit — la Chine arrêta. L'empereur Yongle, qui avait commandé ces expéditions, mourut en 1424. Ses successeurs se laissèrent convaincre par les bureaucrates confucéens que le commerce maritime était indigne, que la vraie richesse était terrestre, que maintenir une marine de cette envergure saignait les finances impériales. Les navires de Zheng He furent démantelés. Les registres détaillés de ses voyages ont été délibérément détruits — un acte d'oubli bureaucratique qui hante encore les historiens.

Zheng He Embarque pour Premier Voyage — Nanjing, China
Image: User:Vmenkov · CC BY-SA 3.0

Pendant ce temps, le Portugal — une nation que la Chine aurait pu écraser comme une graine — envoyait des caravelles toujours plus loin vers le sud. Quelques décennies plus tard, Vasco de Gama contournerait le cap de Bonne-Espérance. Colomb naviguerait vers l'ouest. Le système commercial du monde se restructurerait sans la Chine.

Le 11 juillet 1405 marque donc non le début d'une domination chinoise garantie des océans — ce qui semblait écrit dans le ciel ce matin-là — mais le sommet d'une ambition qui serait presque immédiatement abandonnée. Les routes que Zheng He avait tracées seraient bientôt reparcourues par les Portugais, les Espagnols, les Britanniques. L'Histoire accorderait le crédit à ces derniers. L'amiral qui avait navigué d'abord disparaîtrait dans les marges.

Source: en.wikipedia.org/wiki/Zheng He

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