Trinity : La Première Bombe Atomique
Alamogordo, New Mexico, USA
À 5 h 29 du matin, le 16 juillet 1945, un homme nommé George Kistiakowsky regarde sa montre et pense à sa mort probable. Il est assis dans un bunker à seize kilomètres du site, entouré de scientifiques qui ont passé trois ans à construire une arme que personne n'a jamais testée. Dans quatre-vingt-dix secondes, soit elle fonctionne, soit elle explose en libérant du plutonium radioactif sur le désert du Nouveau-Mexique et sur eux.
Le compte à rebours n'existe pas. Pas de voix dramatique, pas de sirène. Juste des hommes qui observent des cadrans et des fils. À 5 h 29 m 45 s, un assistant crie « zéro ». Rien ne se passe pendant une fraction de seconde — ce silence dure une éternité dans l'esprit de chaque témoin. Puis la lumière arrive.
Ce ne sont pas les mots des poètes qui décrivent ce moment, mais ceux des physiciens : la température au cœur de la réaction atteint cent millions de degrés. Le flash blanc dépasse en intensité le soleil lui-même. La boule de feu s'élève à trois cents mètres en trois secondes. Elle est trop brillante pour être regardée directement, même à travers des verres fumés. Des hommes qui ont participé à la construction de cette chose se couvrent les yeux. D'autres ne peuvent tout simplement pas détourner le regard.
Ce qui frappe ensuite, c'est le bruit. Pas un bruit — une vague sonore physique qui traverse le désert à la vitesse du son, qui frappe le bunker avec une force suffisante pour faire basculer les instruments. Puis une deuxième vague arrive, rebondie depuis les montagnes à quarante kilomètres de là. Les vitres tremblent. Un scientifique nommé Enrico Fermi, assis dehors, se lève et laisse tomber des morceaux de papier. Ils volent à dix mètres du sol sous le souffle de l'onde de choc. Il calcule mentalement la puissance de l'explosion en regardant où ils retombent. Voilà comment on mesure l'apocalypse : avec des bouts de papier et de l'arithmétique.
Robert Oppenheimer, le directeur scientifique du projet, se tient ailleurs et regarde. Plus tard, il se souviendra d'une phrase du Bhagavad-Gita : « Je suis devenu la Mort, le destructeur des mondes. » Ce que les journalistes répéteront toujours. Ce qu'ils oublieront, c'est ce qu'il dit à un collègue juste après : « Nous savions que nous ne pourrions plus jamais le faire. »
Le champignon s'élève à douze kilomètres d'altitude. La pluie retombe en noir — c'est la poussière radioactive. Les moutons à quarante kilomètres au nord présentent des brûlures. Personne ne l'avait prévu. Personne ne savait vraiment ce qui se passerait.
En moins d'un mois, deux bombes similaires seront larguées sur des villes — Hiroshima d'abord, puis Nagasaki. Ces explosions tueront entre 200 000 et 210 000 personnes, pour la plupart des civils. Mais le 16 juillet, dans le désert du Nouveau-Mexique, personne ne pensait à Hiroshima. Les scientifiques pensaient seulement à savoir si la réaction en chaîne s'arrêterait. Elle s'est arrêtée. Et c'est peut-être la seule chose qui n'a pas fonctionné exactement comme prévu.