Première Bataille de Bull Run Commence
Manassas, Virginia, USA
Le 21 juillet 1861, des milliers de Washingtoniens se sont entassés dans des calèches pour se rendre en Virginie, comme s'ils allaient à un pique-nique. Certains avaient apporté du champagne. Ils venaient regarder l'armée nordiste écraser les rebelles en une après-midi.
Le problème était que personne ne savait ce qu'était vraiment une bataille.
La Première Bataille de Bull Run (appelée Manassas par le Sud) devait être une démonstration de force rapide. Abraham Lincoln, sous la pression des politiciens du Nord qui criaient qu'il fallait marcher sur Richmond, avait ordonné au général Irwin McDowell de frapper vite. McDowell lui-même doutait du plan. Ses soldats n'avaient reçu qu'une formation sommaire. Beaucoup d'entre eux étaient des engagés de trois mois — des civils en uniforme qui n'avaient jamais chargé à la baïonnette. Mais Washington voulait une victoire avant que les contrats n'expirent.
Ce qui s'est produit au bord de la rivière Bull Run a démoli chaque certitude.
Le matin, l'attaque nordiste semblait fonctionner. Les troupes sudistes, commandées par le général Joseph E. Johnston, reculaient sous la pression. Les spectateurs de Washington se demandaient déjà comment célébrer. Puis, vers midi, quelque chose a basculé. Une brigade confédérée sous les ordres de Thomas Jackson s'est plantée sur une crête et a refusé de bouger. Un officier sudiste l'a regardé tenir bon et a crié à ses hommes : « Regardez Jackson, debout comme un mur de pierre ! » Jackson garda ce surnom — Stonewall — et le Sud garda l'initiative.
Les renforts confédérés arrivaient. Johnston avait fait venir des troupes par chemin de fer depuis la vallée de Shenandoah, un mouvement qu'aucun commandant américain n'avait jamais tenté à cette échelle. Vers 15 heures, l'armée nordiste, épuisée et confuse, s'est effondrée. La retraite devint une débâcle. Les soldats jetaient leurs armes. Les civils qui avaient apporté leurs pique-niques se retrouvaient coincés dans la même panique.
Le bilan était brutal : environ 2 900 pertes du côté nordiste, 1 980 du côté sudiste. Pas énorme en termes de ce qui allait suivre, mais assez pour détruire l'illusion que cette guerre serait courte et civilisée.
Ce que personne n'avait compris, c'est que Bull Run était une victoire qui changeait tout, mais pas de la manière que le Sud imaginait. La défaite du Nord, au lieu de démoraliser Washington, le galvanisa. Le Nord comprit soudain qu'il fallait construire une véritable armée. Lincoln appela à 500 000 volontaires supplémentaires. Les trois mois de guerre devenaient quatre ans. Le Sud avait remporté une bataille spectaculaire et scellé son propre destin.
Les civils washingtoniens qui avaient apporté du champagne rentrèrent à la maison sans avoir rien célébré. Leurs calèches furent rattrapées par la réalité. La guerre était en marche. Elle ne s'arrêterait pas.