Tentative d'assassinat Opération Walkyrie
Rastenburg (Wolfs Lair), East Prussia
Une bombe explose à 12 h 42 à quelques mètres d'Adolf Hitler, et personne ne meurt — sauf que tout le monde aurait dû mourir. C'est cette minceur du hasard qui rend l'attentat du 20 juillet 1944 à la Wolfsschanze à la fois fascinant et maddening.
Colonnel Claus von Stauffenberg, 36 ans, officier d'état-major de la Wehrmacht, n'était pas un révolutionnaire de cinéma. Il portait un bandeau sur l'œil gauche — détail que les historiens aiment, mais qui cache une vérité plus froide : il avait perdu cet œil en Afrique du Nord en 1943, et il avait perdu trois doigts de sa main gauche. Il était mutilé, ce qui le rendait encore plus déterminé. Sa mallette contenait 2 kilogrammes de plastic explosif, assez pour détruire tout ce qui se trouvait à 5 mètres de là.
Le Wolfsschanze n'était pas une cible facile. Le repaire de Hitler en Prusse-Orientale, à 650 kilomètres de Berlin, était entouré de trois cercles de barbelés et gardé par 3 000 soldats. Les visiteurs devaient franchir 4 points de contrôle. Stauffenberg, lui, avait l'accès. Il était invité à une réunion de 13 h 15 avec Hitler et 20 autres officiers dans une baraque en bois — le bâtiment 13C, construit en 1940, avec des murs en pin massif mais pas de structure en béton pour l'étage inférieur.
Il posa sa mallette sous la table de conférence, à 1 mètre seulement de Hitler. Puis il quitta la pièce pour prendre un appel téléphonique. L'explosion fut colossal. Elle tua 4 personnes sur place. L'une d'elles était le général Brandt, 54 ans, qui s'était assis directement à côté de la bombe. Mais Hitler ? Il se tenait debout de l'autre côté de la table massive en bois massif.
Voilà le détail qui change tout : le bois. Si la réunion s'était déroulée dans le bunker souterrain prévu initialement — une structure en béton armé de 60 centimètres d'épaisseur — l'explosion aurait anéanti tout le monde, sans exception. Mais ce jour-là, le 20 juillet, Hitler avait changé ses plans de dernière minute. Il voulait rester en surface parce qu'il attendait l'arrivée de Benito Mussolini, et il trouvait que le bunker était trop froid, à 15 degrés Celsius, même en plein été.
Stauffenberg s'enfuit de la Wolfsschanze en voiture à travers les 4 points de contrôle. Il avait une fenêtre d'environ 2 heures avant que Hitler ne soit déclaré vivant. À Berlin, à 650 kilomètres de là, ses conspiratéurs attendaient le signal. Quand le message arriva — « L'avion a atterri » — ils lancèrent l'Opération Valkyrie, un plan d'urgence militaire supposément prévu pour protéger Berlin en cas d'invasion. En réalité, c'était leur chance de prendre le pouvoir.
Mais à 16 h 30, Hitler appela le commandant militaire de Berlin. Il était vivant. Il parla. Sa voix était un peu rauque à cause du blast, mais clairement identifiable. L'opération s'effondra en 4 heures. Les militaires berlinois qui avaient arrêté des nazis le matin les relâchèrent l'après-midi. Stauffenberg fut fusillé à 21 h 20 dans la cour de la Bendlerblock, le bâtiment du commandement militaire, par un peloton d'exécution improvisé. Ses derniers mots furent : « Vive la Allemagne sacrée. »
Hitler survécut 9 mois de plus. Les nazis exécutèrent 4 944 personnes en représailles, certaines d'entre elles ayant à peine un lien avec le complot. Stauffenberg avait raison sur une chose : il fallait tuer Hitler pour sauver l'Allemagne. Mais une bombe sous une table en bois, c'était une question de centimètres. Et les centimètres, c'est tout ce qui sépare l'histoire de l'accident.