Les Mamelouks arrêtent l'avancée mongole à Ain Jalut
Palestine
Ce n'est pas un grand stratège, une nouvelle arme ou une prophétie divine qui a stoppé l'avancée mongole réputée inéluctable en 1260. Non, c'était une querelle de famille. Le genre de désaccord qui, dans la plupart des foyers, se résoudrait par des portes qui claquent et des silences pesants à table. Mais quand la famille en question règne sur le plus vaste empire terrestre que le monde ait jamais connu, les portes qui claquent peuvent résonner sur des milliers de kilomètres et les silences pesants se traduire par le retrait de dizaines de milliers de cavaliers. C'est ce détail domestique, si l'on peut dire, qui a préparé le terrain pour la bataille d'Ain Jalut, un affrontement dont personne ne se souvient, mais qui a pourtant redessiné la carte du Moyen-Orient.
L'année précédente, en 1259, le Grand Khan Möngke, petit-fils de Gengis Khan, était décédé lors d'une campagne en Chine. Ce n'était pas une mort glorieuse sur le champ de bataille, mais plutôt une mort banale, peut-être de la dysenterie. Et son décès a déclenché une crise de succession. Selon la coutume mongole, tous les princes devaient retourner en Mongolie pour élire un nouveau dirigeant. C'est ainsi que Houlagou Khan, le frère de Möngke et le chef des armées mongoles qui terrorisaient le Levant, dut se retirer avec l'écrasante majorité de ses troupes. Il laissa derrière lui une force bien plus modeste, estimée à environ 10 000 à 20 000 hommes, sous le commandement du général nestorien Kitbuqa, avec l'ordre de maintenir la pression sur la Syrie et l'Égypte.
Face à cette force, se dressaient les Mamelouks d'Égypte. Qui étaient-ils ? Des esclaves. Ou plutôt, des soldats-esclaves. Pour la plupart, des enfants turcs, souvent des Kipchaks des steppes eurasiennes, achetés, convertis à l'islam, et entraînés avec une discipline de fer pour devenir une caste militaire d'élite. Ironie du sort : ceux qui étaient considérés comme des propriétés sans voix se retrouvaient à défendre l'Islam contre l'envahisseur le plus redoutable de son histoire. Leur sultan, Qutuz, lui-même un ancien Mamelouk, était un homme pragmatique. Il savait que l'alternative à la victoire était l'anéantissement pur et simple, comme l'avait subi Bagdad en 1258, où des centaines de milliers de personnes avaient péri.
Le 3 septembre 1260, près de l'actuel kibboutz d'Ein Harod, dans la vallée de Jezréel en Palestine, les deux armées se sont rencontrées. Les Mamelouks, menés par Qutuz et son brillant général Baybars (un autre ancien esclave qui deviendrait sultan), avaient une stratégie bien pensée. Ils utilisèrent des tactiques de feinte et de retraite simulée, tirant les Mongols dans un piège dans une vallée étroite, où l'avantage de la mobilité mongole était atténué. La cavalerie lourde mamelouke chargea avec une férocité inattendue, tandis que l'infanterie et les archers montés maintiennent la pression. Les Mongols, habitués à des victoires écrasantes et à la terreur psychologique, se sont retrouvés dans une situation inconnue : un combat acharné contre un ennemi qui refusait de fuir.
La bataille fut un carnage. Kitbuqa fut capturé et exécuté. C'était la première fois que l'empire mongol subissait une défaite aussi décisive sur le champ de bataille, et elle marquait le point de son expansion maximale. Il y aurait d'autres raids mongols, mais jamais plus ils ne menaceraient directement le cœur de l'Égypte mamelouke. L'empire mongol, si vaste qu'il était devenu ingérable, s'était finalement brisé sous le poids de ses propres succès et de ses querelles intestines, laissant à des esclaves devenus maîtres le soin de redéfinir les frontières du monde connu. La vraie leçon, peut-être, c'est que même les plus grands empires peuvent trébucher sur un désaccord familial, et que la liberté, parfois, est défendue par ceux qui n'en ont jamais connue.
Source: en.wikipedia.org/wiki/Mamluk