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Exploration

Vasco da Gama atteint l'Inde

Calicut, India

Vasco da Gama atteint l'Inde — Calicut, India
Image: Sailko · CC BY 3.0

Un navigateur portugais arrive à Calicut le 31 juillet 1498 et l'Europe ne le sait pas encore, mais son monde vient de basculer.

Vasco da Gama descend de son navire après dix mois en mer. Ses mains tremblent — pas de froid, mais d'épuisement et de réalisation. Derrière lui, trois caravelles ont tenu bon à travers l'océan Atlantique, autour du Cap de Bonne-Espérance, puis l'océan Indien déchaîné. Sur les 160 hommes partis de Lisbonne, 55 seulement sont morts. C'est un taux de survie remarquable pour l'époque, ce qui en dit long sur le reste.

Mais voici le détail qui change tout : personne avant lui n'avait fait ce trajet. Les Vénitiens, les Génois, tous les marchands européens qui voulaient la soie, les épices, le poivre — les richesses venues d'Asie — devaient passer par les Ottomans. Passer par leurs douanes. Payer leurs prix. Et puis les Portugais ont compris quelque chose de simple et révolutionnaire : pourquoi ne pas contourner? Pourquoi ne pas aller directement?

Vasco da Gama atteint l'Inde — Calicut, India
Image: Georges Jansoone · CC BY 2.5

Lorsque da Gama pose le pied à Calicut, c'est une ville portuaire prospère depuis des siècles. Les marchands arabes y arrivent régulièrement. Le rajah qui gouverne la région s'appelle le Zamorin, et il reçoit ce Portugais avec une courtoisie polie — l'attitude qu'on réserve à un étranger de passage. Il n'imagine pas qu'il vient de rencontrer un homme qui a ouvert une porte qui ne se fermera jamais.

Da Gama ne rapporte pas beaucoup de trésors à Lisbonne. Il ramène du poivre, quelques épices, des informations. Mais il ramène aussi quelque chose d'infiniment plus précieux : la preuve. La preuve que la route existe. Que c'est possible. Que les marchands européens n'ont plus besoin des intermédiaires ottomans.

Vasco da Gama atteint l'Inde — Calicut, India
Image: Descobrimentos_e_explorações_portugueses.png: *Portuguese_discoveries_and_explorations.png: *Portuguese_Empire_map.jpg: · CC BY-SA 3.0

Ce qui suit, c'est une réorganisation économique silencieuse mais totale. Les Vénitiens, qui avaient dominé le commerce méditerranéen pendant des siècles, commencent leur déclin. Les Ottomans voient leurs revenus commerciaux s'éroder. Et les Portugais? Ils construisent des forteresses le long de cette route, ils envoient des flottes armées, ils établissent un monopole commercial que personne d'autre ne peut briser.

Mais voici l'ironie douce-amère de l'histoire: da Gama lui-même meurt miséré et oublié, en 1524, à Cochin. Pas à Lisbonne, pas couvert de gloire. Juste un vieux navigateur qui s'éteint dans une ville indienne, loin de la reconnaissance qu'il pensait mériter. Le roi Jean II du Portugal ne verra même pas le résultat complet de son voyage — il meurt en 1495, trois ans avant que da Gama n'atteigne Calicut.

Les hommes qui changent le monde ne savent presque jamais qu'ils le font. Da Gama pensait simplement trouver des épices moins chères. Il a défait une économie millénaire sans même le réaliser.

Source: en.wikipedia.org/wiki/Vasco da Gama

Technologie

Inauguration du barrage d'Assouan

Aswan, Egypt

Inauguration du barrage d'Assouan — Aswan, Egypt
Image: NASA · Public domain

En 1970, le Nil coulait depuis six mille ans exactement comme il coulait du temps des pharaons : imprévisible, généreux certaines années, meurtrier d'autres. Les Égyptiens avaient appris à vivre avec cette humeur. Puis, le 31 juillet, Anwar Sadat inaugura un barrage qui promettait de dompter le fleuve une fois pour toutes. Pendant treize ans, on avait versé du béton dans le désert. Le résultat : un mur de 111 mètres de haut, 3 600 mètres de long, contenant assez d'eau pour remplir le Nil entier deux fois et demie. C'était, à ce moment, l'un des plus grands travaux hydrauliques jamais construits par l'humanité.

Mais voilà le détail qu'on oublie : ce barrage n'était pas une invention égyptienne. C'était un projet soviétique, financé par l'Union soviétique, construit en grande partie par des ingénieurs soviétiques. Pendant la Guerre froide, le Nil était devenu un enjeu géopolitique. Les Américains refusaient de financer. Les Soviétiques, eux, y voyaient une chance de placer leur influence en Afrique du Nord. Sadat coupait le ruban, mais c'était Moscou qui tirait les ficelles.

Le génie du projet tenait à une promesse simple : maîtriser l'inondation annuelle qui ravageait les récoltes certaines années, irriguer les terres arides, produire de l'électricité. Avant le barrage, l'Égypte dépendait entièrement des caprices du fleuve. Après, elle pouvait planifier. Les ingénieurs parlaient d'une révolution. Techniquement, ils avaient raison.

Inauguration du barrage d'Assouan — Aswan, Egypt
Image: Wikimedia Commons · Public domain

Ce qu'ils ne disaient pas, c'est qu'on était en train de noyer la Nubie. Le barrage créait un lac artificiel de 500 kilomètres de long, le lac Nasser. Quelque 90 000 Nubiens, qui vivaient dans cette région depuis des millénaires, ont dû être relocalisés. Leurs villages, leurs temples, leurs cimetières — tout a disparu sous l'eau. L'Unesco a lancé une opération de sauvetage pour préserver les temples d'Abou Simbel, ces colosses de pierre taillés dans la montagne par Ramsès II. On les a sciés en morceaux et remontés plus haut, comme des maquettes gigantesques. C'était un exploit technique impressionnant. C'était aussi une façon de dire : nous sauvons la pierre, pas les gens.

Les conséquences arrivèrent lentement, comme elles arrivent toujours. Sans les limons du Nil qui remontaient chaque année du Soudan, les terres égyptiennes commencèrent à s'appauvrir. Les paysans durent acheter des engrais chimiques. Le barrage arrêta aussi les poissons migrateurs. La pêche s'effondra. L'eau stagnante du lac provoqua une prolifération d'algues et de maladies parasitaires. L'Égypte avait gagné du contrôle et perdu quelque chose d'invisible : un équilibre écologique qui avait fonctionné pendant six mille ans.

Inauguration du barrage d'Assouan — Aswan, Egypt
Image: Not credited · Public domain

La centrale électrique produisit effectivement du courant. Le barrage tint bon. Sadat avait son monument. Mais l'Égypte, qui rêvait d'indépendance énergétique, restait dépendante — désormais du barrage lui-même, de son entretien, de ses dépôts de sédiments qui grandissaient chaque année. On avait remplacé l'imprévisibilité de la nature par l'imprévisibilité de la technologie. C'était peut-être un meilleur marché. Peut-être pas.

Source: en.wikipedia.org/wiki/Aswan High Dam

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