L'Irak envahit le Koweït, déclenchant la guerre du Golfe
Kuwait
Saddam Hussein avait besoin d'argent. C'est ainsi qu'a commencé, le 2 août 1990 à l'aube, l'une des crises géopolitiques les plus étranges de la fin du XXe siècle — non pas comme un affrontement idéologique, mais comme une transaction qui a mal tourné.
Le dictateur irakien regardait le Koweït depuis des années. Ce petit émirat pétrolier, à peine plus grand que la Corse, flottait sur des réserves d'or noir estimées à 94 milliards de barils. L'Irak, ravagé par huit ans de guerre contre l'Iran et criblé de dettes, en avait besoin. Hussein avait d'abord essayé de négocier: il demanda au Koweït d'annuler les prêts de guerre, de baisser la production pétrolière pour faire monter les prix. Le Koweït refusa. Alors Hussein fit ce que font les dictateurs en détresse: il envoya les chars.
Ce qui fascine, c'est la vitesse. En six heures, l'armée irakienne occupa le Koweït entier. Les troupes koweïtiennes, mal préparées et peu nombreuses, fuirent ou se rendirent. Le 8 août, Hussein annexa simplement le pays — l'effaça de la carte, le rebaptisa "province irakienne numéro 19". C'était tellement audacieux, tellement brutal, et tellement prévisible pour quiconque avait lu les journaux la semaine précédente, que personne ne savait vraiment comment réagir.
Mais voilà où les conséquences deviennent vertigineuses. Les États-Unis, sous George H.W. Bush, décidèrent que cette invasion n'était pas acceptable. Pas pour des raisons morales particulièrement éclatantes — les États-Unis avaient soutenu Hussein contre l'Iran quelques années plus tôt — mais parce qu'un dictateur ne pouvait pas simplement contrôler un quart de la production pétrolière mondiale. Le prix du pétrole explosa. L'économie mondiale vacilla.
Ce qui suivit fut une mobilisation militaire sans précédent depuis 1945. En janvier 1991, une coalition de 35 nations — incluant l'Égypte, la Syrie, l'Arabie Saoudite et les États-Unis — lança l'Opération Tempête du Désert. Plus de 500 000 soldats américains furent déployés. Les bombardements durèrent 42 jours. Puis vint une guerre éclair de cent heures au sol.
Le bilan: environ 148 000 morts, dont 100 000 civils irakiens. Des centaines de milliers de réfugiés. Une infrastructure irakienne détruite. Hussein resta au pouvoir — c'était le secret que personne ne voulait avouer — et utilisa l'armée restante pour écraser les rébellions chiites et kurdes. Les sanctions contre l'Irak dureraient une décennie, tuant selon certaines estimations 500 000 enfants par malnutrition et manque de médicaments.
Mais le vrai coût se mesure autrement. Cette guerre établit un précédent: les États-Unis pouvaient intervenir militairement n'importe où au Moyen-Orient, avec ou sans mandat clair. Elle laissa Hussein intact mais humilié, nourissant une rancœur qui allait durer onze ans. Elle déstabilisa la région pour des décennies. Et elle prouva qu'une invasion pouvait échouer politiquement tout en réussissant militairement — la pire des combinaisons, en réalité.
Hussein perdit le Koweït mais garda le pouvoir. L'Occident gagna une bataille mais sema les graines de trois guerres futures. Tout cela parce qu'un homme désespéré avait besoin d'argent un matin d'août.