Daily History
Guerre et conflit

La Grande-Bretagne déclare la guerre à l'Allemagne et entre dans la Première Guerre mondiale

London, United Kingdom

La Grande-Bretagne déclare la guerre à l'Allemagne et entre dans la Première Guerre mondiale — London, United Kingdom
Image: Collection DocAnciens/docpix.fr · Public domain

Le 4 août 1914, à 23 heures, le Royaume-Uni devient officiellement belligérant. Pas avec fracas, mais avec la signature d'un homme dans un bureau londonien — et c'est cela qui devrait vous intriguer plus que n'importe quel cri de guerre.

Sir Edward Grey, le ministre des Affaires étrangères, repousse ses papiers. Il est 20 heures. Dehors, Downing Street baigne dans la lumière orange du crépuscule estival. Grey, cinquante-deux ans, homme de principe et de retenue, vient de signer l'ultimatum au gouvernement allemand. Six heures pour répondre. L'Allemagne doit s'engager à respecter la neutralité de la Belgique — ce petit pays coincé entre les grandes puissances comme un enfant entre deux géants querelleurs.

L'Allemagne ne répondra pas. Bien sûr qu'elle ne répondra pas. Le plan Schlieffen, conçu depuis des années, exige de traverser la Belgique pour atteindre la France. Pas de détour. Pas de négociation. L'armée allemande franchit la frontière belge le 4 août à l'aube. Grey apprend la nouvelle quelques heures plus tard. Il se tourne vers la fenêtre de son bureau et lâche une phrase qu'on lui attribue depuis : « Les lampadaires s'éteignent partout en Europe. Nous ne les reverrons plus s'allumer de notre vivant. » Que ce soit exactement ses mots ou non, c'est le sentiment qui compte. Un homme capable de voir jusqu'où cela irait.

La Grande-Bretagne déclare la guerre à l'Allemagne et entre dans la Première Guerre mondiale — London, United Kingdom
Image: John Warwick Brooke · Public domain

Mais Grey n'est pas seul ce soir-là. Dans les rues de Londres, une foule se rassemble. Pas des soldats surexcités, pas des manifestants en délire — des gens ordinaires, stupéfaits. Des femmes en robe longue. Des hommes en haut-de-forme. Ils se demandent si leurs fils, leurs frères, leurs maris seront appelés. Personne ne sait vraiment combien de temps cela durera. Quatre ans ? Quatre mois ? Personne n'imagine quatre ans.

Ce qui frappe, c'est l'absence de certitude chez les décideurs eux-mêmes. Le Parlement vote à une majorité écrasante, oui, mais les raisons varient d'un député à l'autre. Certains invoquent l'honneur, d'autres la stratégie, d'autres encore l'obligation légale envers la Belgique. Peu d'entre eux comprennent vraiment ce qu'ils viennent de déclarer : une saignée industrielle de quatre ans qui tuera 900 000 Britanniques.

La Grande-Bretagne déclare la guerre à l'Allemagne et entre dans la Première Guerre mondiale — London, United Kingdom
Image: Unknown authorUnknown author · Public domain

Voilà le détail qui devrait vous hanter : parmi les hommes qui votent cette déclaration de guerre, beaucoup ont combattu dans les guerres précédentes. Ils connaissent la violence. Ils la choisissent quand même. Ou peut-être ne choisissent-ils rien du tout — peut-être que les événements, une fois en mouvement, ne demandent plus de choix, juste de la signature sur un papier. Grey éteint sa lampe de bureau. Les lampadaires de Londres restent allumés. Mais quelque chose d'autre, cette nuit-là, s'éteint vraiment.

Source: en.wikipedia.org/wiki/World War I

Personnalités

Anne Frank rédige sa dernière entrée de journal avant sa capture

Amsterdam, Netherlands

Anne Frank rédige sa dernière entrée de journal avant sa capture — Amsterdam, Netherlands

Anne Frank écrit sa dernière phrase un jeudi ordinaire, sans le savoir. « Je veux être utile ou agréable à ceux autour de moi », griffonne-t-elle le 4 août 1944 dans son petit cahier relié, caché depuis plus de deux ans dans une annexe secrète derrière une bibliothèque pivotante au 263 Prinsengracht à Amsterdam. Trois jours plus tard, des policiers franchissent cette même porte. L'Annexe, comme l'appelait la famille, cesse d'exister. Anne cesse d'exister en tant que fille qui écrit. Elle devient une prisonnière.

Mais ce jour du 4 août, personne n'en savait rien. C'était un jeudi comme les autres, ou presque — ce qui est précisément ce qu'il y a de vertigineux dans cette histoire. La veille, la vie semblait tenir bon. Les huit personnes cachées dans ces deux étages secrets — les Frank, les Van Pels, et Fritz Pfeffer — respiraient l'air étouffant de leurs quatre pièces minuscules depuis 25 mois. Elles avaient appris à vivre en silence, à marcher pieds nus sur le plancher, à retenir leurs toux pendant que les employés de l'entreprise de commerce de fruits confits travaillaient juste en dessous. C'était devenu une sorte de normalité souterraine : terrifiante, certes, mais normale.

Anne, à 15 ans, était en train de devenir écrivaine. Elle révisait ses textes, en recopiant certains pour un projet de roman qu'elle rêvait de publier après la guerre. Elle pensait à l'avenir. Elle écrivait sur les garçons, sur l'injustice, sur sa mère qui l'exaspérait, sur Dieu, sur elle-même — les préoccupations éternelles d'une adolescente, même enfermée dans une cachette. Le journal n'était pas un acte de rébellion héroïque ; c'était un refuge. L'écriture était son oxygène.

Anne Frank rédige sa dernière entrée de journal avant sa capture — Amsterdam, Netherlands
Image: Martin Gray89 · CC BY-SA 4.0

Ce qu'on oublie souvent : les gens en danger ne le savent généralement pas. Ils vivent comme si demain existait. Les Frank avaient des raisons d'espérer. La Libération semblait proche. Les Alliés avaient débarqué en Normandie deux mois plus tôt. Les nouvelles qui filtraient jusqu'à l'Annexe — par radio, par des amis qui les ravitaillaient — parlaient d'une Allemagne qui reculait. Peut-être, se disaient-ils, que nous nous en sortirons. Peut-être que cet enfermement aura une fin heureuse.

Le 4 août au matin, rien n'indiquait le contraire. Anne ne savait pas qu'elle écrivait ses derniers mots libres. Elle ne savait pas que le délateur — probablement un collègue de bureau ou un voisin, on ne l'a jamais su avec certitude — avait déjà parlé à la Gestapo. Elle ne savait pas que sa cachette était marquée, que des hommes en uniforme se préparaient à monter ces escaliers. Elle savait seulement qu'elle avait 15 ans, qu'elle aimait écrire, et qu'elle voulait être utile ou agréable aux gens autour d'elle.

Anne Frank rédige sa dernière entrée de journal avant sa capture — Amsterdam, Netherlands
Image: Rodrigo Galindez · CC BY 2.0

Ce qui rend cette dernière phrase presque insupportable, c'est sa sincérité tranquille. Pas de dramatique. Pas de pressentiment. Juste une jeune fille qui exprime un souhait ordinaire, universel, humain. Trois jours plus tard, on l'arrêtera. Un mois plus tard, elle sera déportée à Auschwitz. Elle mourra là-bas à 15 ans, quelques semaines avant la libération du camp. Le cahier restera. Les mots resteront. La jeune fille, non.

Source: en.wikipedia.org/wiki/The Diary of Anne Frank

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