Les Marines américains lancent la première grande offensive du Pacifique à Guadalcanal
Solomon Islands
Le 6 août 1942, le monde ignorait encore ce qui allait se passer. Dans le Pacifique, la guerre semblait suivre un scénario déjà écrit : les Japonais avançaient, les Alliés reculaient. Le Japon contrôlait les îles Salomon depuis des mois. C'était devenu normal, presque définitif. Les stratèges américains planifiaient une grande contre-offensive pour 1943, peut-être 1944. Personne ne se pressait. Et puis, à l'aube du 7 août, 19 000 Marines américains débarquent à Guadalcanal et Tulagi. C'est le premier assaut majeur des États-Unis dans le Pacifique. Tout change en quelques heures.
Ce qui est frappant, c'est l'improvisation. Les planificateurs américains manquaient de renseignements précis sur le terrain. Les Marines ignoraient la topographie réelle, la force japonaise, même les positions exactes des défenses ennemies. L'amiral Richmond Turner, qui coordonne l'opération, reçoit un rapport une semaine avant le débarquement : « Les informations sur Guadalcanal sont tellement insuffisantes qu'on pourrait presque affirmer que nous naviguons à l'aveugle. » Et c'est exactement ce qu'ils font. Ils débarquent de toute façon.
Le contraste saugrenu : les Japonais ne s'attendent pas à une invasion majeure. Ils ont envoyé surtout des travailleurs et des garnisons légères pour construire un aérodrome. Lorsque les Marines arrivent, les défenses japonaises sont à peine terminées. Les 2 000 soldats japonais présents se retrouvent submergés. Certains combattent farouchement ; d'autres fuient dans la jungle. En deux jours, l'aérodrome tombe aux mains des Américains. C'est un succès qui surprend même les Alliés.
Mais voici le détail oublié : cette victoire rapide sur terre masque un désastre naval. La nuit du 9 août, dans le détroit de Savo, une force de croiseurs japonais frappe la flotte de couverture américaine. En moins d'une heure, quatre croiseurs lourds alliés sont coulés ou mortellement endommagés. 1 270 marins meurent. C'est l'une des pires défaites navales de l'histoire américaine. Les Marines à terre ne le savent pas immédiatement. Ils croient être soutenus. Ils ne le sont pas vraiment.
Ce qui suit, c'est six mois d'une des campagnes les plus sanglantes du Pacifique. Les Japonais envoient renfort sur renfort. Les Marines creusent des tranchées, construisent des fortifications. Près de 1 600 Américains meurent à Guadalcanal ; environ 24 000 Japonais. Les morts s'accumulent pour une île couverte de jungle dense et de paludisme.
Le vrai tournant, c'est que cette campagne prouve quelque chose de fondamental : le Japon peut être arrêté. Peut être combattu. Peut être vaincu. Avant Guadalcanal, chaque opération japonaise semblait inévitable, irrésistible. Après, les États-Unis savent qu'avec assez de détermination et de ressources, la guerre dans le Pacifique n'est pas perdue. C'est un changement de psychologie autant qu'un changement militaire.
Le dernier détail qui pèse : l'amiral Yamamoto, l'architecte de l'attaque de Pearl Harbor, meurt deux ans plus tard, en 1943, lors d'une opération de représailles américaine. Sa mort passe presque inaperçue à côté de Guadalcanal. Pourtant, c'est à Guadalcanal que l'initiative a basculé. Tout ce qui suit découle de cette semaine d'août 1942, quand 19 000 Marines ont débarqué sur une île que presque personne ne pouvait situer sur une carte.