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Guerre et conflit

Prise d'Anvers par les Espagnols, bouleversant l'équilibre européen

Antwerp, Belgium

Prise d'Anvers par les Espagnols, bouleversant l'équilibre européen — Antwerp, Belgium
Image: Cornelis Claesz van Wieringen / Formerly attributed to Hendrick Cornelisz Vroom · Public domain

La première explosion résonne comme un aveu. Ce matin de juillet 1584, alors que le soleil peine à dissiper la brume sur l'Escaut, elle n'est pas le fruit du hasard. C'est le coup de semonce des 17 mois de siège qui s’annoncent pour Anvers, la ville la plus riche des Pays-Bas espagnols, un véritable emporium où se négociaient jusqu'à 40% du commerce mondial. Alexandre Farnèse, le duc de Parme, général espagnol à l'intelligence redoutable, vient de lancer ses ingénieurs dans une entreprise pharaonique : bâtir une estacade de 730 mètres de long à travers l'Escaut, coupant la ville de la mer. Un exploit technique qui défiait les standards de l'époque, et coûterait des millions de florins à la couronne espagnole.

L'objectif de Farnèse n'est pas seulement militaire ; il est confessionnel. Anvers, avec ses 100 000 habitants, est un bastion protestant au cœur d'un empire catholique. Le duc est venu pour ramener la ville dans le giron du roi Philippe II, par la force si nécessaire. Pendant plus d'un an, les Anversois résistent, s'épuisant en sorties désespérées et en tentatives audacieuses pour détruire le pont de Farnèse. Le « brûlot » inventé par l'ingénieur italien Federigo Giambelli, une sorte de bombe flottante bourrée de 3 000 kg de poudre, parvient à exploser près de l'estacade, tuant environ 800 soldats espagnols. Un spectacle terrifiant, mais insuffisant. La faim, elle, est une arme plus patiente et plus efficace.

Le 17 août 1585, après 13 mois de blocus et des milliers de vies perdues des deux côtés, Anvers capitule. Les termes de la reddition sont clairs : les catholiques peuvent rester, les protestants ont quatre ans pour vendre leurs biens et partir. Ce n'est pas une suggestion, c'est un ultimatum. Environ 60 000 habitants, soit près de 60% de la population originelle, choisissent l'exil, emportant avec eux leurs compétences, leurs capitaux et leur esprit d'entreprise. Un transfert de richesse et d'intelligence inouï, digne d'une hémorragie organisée.

Prise d'Anvers par les Espagnols, bouleversant l'équilibre européen — Antwerp, Belgium
Image: Dirck van Delen · Public domain

Ces dizaines de milliers d'exilés ne disparaissent pas dans la nature. Ils se dirigent majoritairement vers les Provinces-Unies, le jeune État protestant qui se bat encore pour son indépendance. Amsterdam, alors une ville portuaire de taille moyenne avec à peine 30 000 âmes, voit sa population doubler en l'espace de quelques décennies, grâce en grande partie à cet afflux de Flamands et de Brabançons. En l'espace de 50 ans, le nombre de navires amsterdamois passant le Sund (détroit entre la mer Baltique et la mer du Nord) sera multiplié par 10. Les industries de la soie, de la joaillerie et de la finance, florissantes à Anvers, trouvent de nouvelles terres d'accueil.

L'Espagne a gagné une bataille, mais à quel prix ? Elle a récupéré une ville, mais vidé son âme et son portefeuille. Anvers, autrefois le cœur vibrant de l'économie européenne, est réduite à une ombre d'elle-même, son commerce étranglé par le blocus permanent de l'Escaut par les Hollandais. La richesse qu'elle espérait contenir, Philippe II l'a involontairement transmise à ses ennemis. En une décennie, le centre de gravité économique du continent s'est déplacé de 200 kilomètres vers le nord, une preuve cinglante que parfois, la victoire militaire peut être le prélude à une défaite stratégique de proportions épiques.

Prise d'Anvers par les Espagnols, bouleversant l'équilibre européen — Antwerp, Belgium
Image: Anthonie Waldorp · Public domain

Source: en.wikipedia.org/wiki/Eighty Years' War

Exploration

Première tentative de colonie anglaise à Roanoke

Roanoke Island, North Carolina, United States

Première tentative de colonie anglaise à Roanoke — Roanoke Island, North Carolina, United States
Image: anonymous · Public domain

Imagine un instant l'audace, ou peut-être la folie, de vouloir fonder une nouvelle Angleterre sur une île lointaine, avec pour principale ressource… la force brute et une foi inébranlable en la supériorité anglaise. C'est précisément l'état d'esprit qui animait Sir Walter Raleigh lorsqu'il dépêcha, en 1585, ce qui est souvent désigné, avec une certaine générosité linguistique, comme la « première colonie » de Roanoke. Mais loin de l'image bucolique de familles semant des graines, cette expédition était une affaire militaire, une sentinelle avancée dans la guerre non déclarée contre l'Espagne.

Le 17 août 1585, le navire amiral *Tiger* et quelques autres vaisseaux débarquaient sur l'île de Roanoke, en ce qui est aujourd'hui la Caroline du Nord. À leur tête, Ralph Lane, un soldat aguerri, et non un agriculteur ou un pasteur. Son contingent était composé majoritairement de vétérans de guerre, de marins, et d'une poignée d'hommes de science, dont le cartographe John White et le brillant ethnologue Thomas Harriot. L'idée de Raleigh n'était pas tant d'établir une communauté autosuffisante que d'installer une base navale, un point d'appui pour les corsaires anglais qui harcèleraient les convois espagnols chargés d'or. C'était une ambition géopolitique déguisée en projet colonial, et c'est là que réside la première fissure de son fondement.

Le « comment ça a pu marcher ? » est la question fascinante. La réponse est : ça n'a pas marché, du moins pas comme prévu. Dès le départ, un grave problème d'approvisionnement se posa. Le *Tiger* s'échoua, endommageant une grande partie des vivres. Les 107 hommes de Lane se retrouvèrent à court de provisions, forcés de dépendre des tribus Secotan locales pour leur survie. On se dit souvent que les premiers colons étaient de rudes individualistes. Ici, ils étaient des parasites armés, exigeant de la nourriture que les Amérindiens n'avaient pas toujours en surplus, surtout après une saison de récolte difficile.

Première tentative de colonie anglaise à Roanoke — Roanoke Island, North Carolina, United States
Image: John Everett Millais · Public domain

La « colonie » était davantage un camp militaire qu'une bourgade en développement. Les Anglais, avec leurs armures et leurs arquebuses, impressionnaient, mais leur arrogance et leur mépris des coutumes locales creusaient un fossé. Le chef Wingina, initialement coopératif, voyait ses réserves diminuer et sa patience s'épuiser. La tension monta inexorablement. Un incident trivial – un gobelet en argent prétendument volé – fut le prétexte à la destruction d'un village amérindien par les Anglais, un acte de représailles disproportionné qui scella le destin de la coexistence pacifique.

Thomas Harriot, l'homme de science, tenta de comprendre la culture et la langue des Secotan, mais même son travail fut éclipsé par la brutalité de Lane. Ce dernier, en avril 1586, craignant une alliance des tribus contre lui, décida de frapper le premier. Il tendit un piège à Wingina et le fit assassiner. C'est une décision que l'histoire oublie souvent au profit du mystère ultérieur, mais elle fut un tournant désastreux. Elle anéantit toute possibilité d'intégration et transforma les indigènes en ennemis implacables.

Première tentative de colonie anglaise à Roanoke — Roanoke Island, North Carolina, United States
Image: Frederick William Fairholt · Public domain

Un an après leur arrivée, en juin 1586, Sir Francis Drake, de retour d'un raid victorieux contre les Espagnols, fit escale à Roanoke. Voyant la situation désespérée des hommes de Lane, qui mouraient de faim et étaient assiégés, il leur offrit de les ramener en Angleterre. Près de 100 hommes acceptèrent, abandonnant l'avant-poste et le rêve de Raleigh. Ils laissèrent derrière eux un fort vide, un terrain miné par la violence et la méfiance, et le souvenir amer d'une ambition mal conçue. Le véritable secret de la première tentative de Roanoke n'est pas sa disparition, mais la raison pour laquelle elle était vouée à l'échec avant même que le premier arbre ne soit abattu.

Source: en.wikipedia.org/wiki/Walter Raleigh

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