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Guerre et conflit

Les Wisigoths saccagent Rome pour la première fois en 800 ans

Rome, Italy

Les Wisigoths saccagent Rome pour la première fois en 800 ans — Rome, Italy
Image: Joseph-Noël Sylvestre · Public domain

Imaginez la scène : en 408, la ville éternelle, Rome, celle qui avait régné sur un empire sans pareil, se trouve assiégée. Non pas par des hordes sauvages surgies de nulle part, mais par des hommes qu’elle connaissait bien, les Wisigoths d’Alaric. Ce n’est pas la première fois qu’Alaric frappe à la porte. Il ne veut d’ailleurs pas la défoncer. Il veut juste qu’on lui ouvre, qu’on le prenne au sérieux, qu’on lui offre un poste, des terres, un statut. Mais Rome, ou plutôt ses dirigeants, ont une façon bien à eux de gérer les crises, qui frise parfois la brillante incompétence.

Ce que l’histoire populaire oublie souvent, c’est que le sac de 410 n’est pas le coup de tonnerre inévitable d’un empire sur le déclin. C’est le résultat d’une série de décisions plus absurdes les unes que les autres, culminant avec un acte d’automutilation politique. Le véritable héros (ou anti-héros, selon votre penchant pour la tragédie) de cette période n’est pas Alaric, mais un homme nommé Stilicon. Ce général d’origine vandale, marié à la nièce de Théodose le Grand, était la dernière ligne de défense compétente de l’Occident romain. Il avait repoussé Alaric à maintes reprises, avec une ingéniosité et une force que l’empereur Honorius, son beau-frère, n’aurait jamais pu égaler. Stilicon était le seul à comprendre qu’il fallait parfois négocier avec les « barbares » pour sauver Rome.

Mais la jalousie et la xénophobie des courtisans ont eu raison de lui. En 408, manipulé par un ministre ambitieux, l’empereur Honorius, dont la principale passion semblait être l’élevage de poulets, ordonna l’exécution de Stilicon. Le seul homme capable de tenir tête à Alaric fut décapité. Ce n’était pas un suicide, mais ça y ressemblait étrangement. Alaric, en apprenant la nouvelle, dut sourire. La voie était libre. Il n’avait plus d’interlocuteur raisonnable, ni d’adversaire militaire crédible.

Les Wisigoths saccagent Rome pour la première fois en 800 ans — Rome, Italy
Image: Shepherd, William R. · Public domain

Il assiégea Rome une première fois en 408. La ville, affamée, dut payer une rançon extravagante : 5 000 livres d’or, 30 000 livres d’argent, 4 000 tuniques de soie, 3 000 livres de teinture écarlate et, détail savoureux, 3 000 livres de poivre. Oui, du poivre. Une fortune en épices pour des hommes qui, visiblement, aimaient leurs plats relevés. Alaric leva le siège, mais Rome refusa toujours de lui accorder les terres et le statut qu’il désirait.

Une deuxième fois, il revint. Il nomma même un contre-empereur pour forcer la main d’Honorius, qui s’était réfugié dans la forteresse imprenable de Ravenne, entouré de ses poulets. Encore un échec. La diplomatie romaine était d’une arrogance à toute épreuve, même face au canon d’un pistolet.

Les Wisigoths saccagent Rome pour la première fois en 800 ans — Rome, Italy
Image: Photographed by User:Bullenwächter · CC BY-SA 3.0

Alors, le 24 août 410, pour la troisième fois, Alaric fut à nouveau aux portes de Rome. Cette fois, ce furent des esclaves affamés, excédés par la famine, qui ouvrirent la Porte Salaria. Les Wisigoths entrèrent. Le sac dura trois jours. Contrairement à l’image d’une destruction totale, les Wisigoths, pour la plupart chrétiens ariens, firent preuve d’une relative retenue. Les églises furent respectées, et la ville ne fut pas réduite en cendres. Ils pillèrent, bien sûr, mais ils ne rasèrent pas. C’était moins une invasion barbare qu’une leçon donnée par un général frustré, un avertissement sévère sur l’incapacité romaine à s’adapter.

L’ironie suprême ? Alaric ne vécut pas longtemps après cet exploit. Il mourut quelques mois plus tard en Calabre, et fut enterré, selon la légende, sous le lit d’une rivière détournée, afin que sa tombe reste à jamais secrète. Quant à Rome, elle se remit. Mais l’exécution de Stilicon, la non-reconnaissance d’Alaric, et l’épisode du poivre, tout cela fut un prélude. Ce n’était pas la chute de l’Empire romain d’Occident, mais la preuve éclatante qu’il était en train de se défaire, non pas sous le poids de ses ennemis, mais sous celui de ses propres erreurs.

Source: en.wikipedia.org/wiki/Sack of Rome (410)

Guerre et conflit

L'Empire ottoman défait les Mamelouks à la bataille de Marj Dabiq, conquérant la Syrie

Marj Dabiq, Syria

L'Empire ottoman défait les Mamelouks à la bataille de Marj Dabiq, conquérant la Syrie — Marj Dabiq, Syria
Image: Chamboz · CC BY-SA 4.0

Imaginez la poussière. Le soleil, déjà brutal sur cette plaine syrienne, faisait miroiter des milliers de lames polies. D'un côté, la crème de la chevalerie mamelouke, les seigneurs du désert, dont la réputation guerrière résonnait depuis des siècles. De l'autre, une armée ottomane immense, disciplinée, et surtout, armée d'une technologie qui allait rendre obsolète tout ce qui avait précédé. Nous sommes le 24 août 1516, à Marj Dabiq, et le monde est sur le point de changer, non par une nouvelle philosophie, mais par une simple étincelle et un nuage de fumée.

Pendant près de trois cents ans, les Mamelouks d'Égypte et de Syrie avaient été la puissance dominante du Moyen-Orient, une caste militaire d'une férocité légendaire, leurs charges de cavalerie ayant même brisé l'avancée mongole. Leur système militaire, basé sur l'achat et la formation d'esclaves guerriers devenant l'élite, était une machine à conquérir et à défendre, mais il avait un talon d'Achille : une obstination presque romantique envers la guerre à cheval, à l'arme blanche. L'idée de la poudre à canon, cette invention bruyante et sale, répugnait à leur sens de l'honneur guerrier. Pourquoi s'abaisser à manier un tube de fer quand on peut brandir une épée digne d'un poème épique ?

Le sultan ottoman Sélim Ier, surnommé « le Sombre », n'avait pas de telles scrupules. Il avait compris que l'avenir n'était pas dans la lance étincelante, mais dans le canon qui tonne et le mousquet qui siffle. Son armée, les Janissaires en tête, était une force d'infanterie d'élite entraînée à la perfection au maniement des armes à feu. À Marj Dabiq, Sélim aligna ses canons et ses mousquetaires derrière des chariots enchaînés, formant une barrière infranchissable. C'était une innovation simple mais dévastatrice, une muraille de feu face à la noblesse de l'acier.

L'Empire ottoman défait les Mamelouks à la bataille de Marj Dabiq, conquérant la Syrie — Marj Dabiq, Syria
Image: Chamboz (talk · contribs) · CC BY-SA 4.0

La bataille fut une démonstration brutale de cette nouvelle réalité. Les Mamelouks, menés par leur vieux sultan Qansuh al-Ghawri, lancèrent leurs charges de cavalerie d'une bravoure désespérée, s'écrasant vague après vague sur la ligne de feu ottomane. Les chevaux cabraient, les hommes tombaient, et le vacarme des canons et des tirs couvrait les cris. Leurs armures de qualité supérieure ne pouvaient rien contre la force cinétique d'une balle de mousquet ou l'impact dévastateur d'un boulet de canon. L'ironie est que les Mamelouks possédaient eux aussi des armes à feu, mais les considéraient comme secondaires, indignes de leurs guerriers d'élite, les confiant souvent à des auxiliaires peu motivés ou à des troupes mal entraînées.

Qansuh al-Ghawri lui-même mourut sur le champ de bataille, soit de chagrin, soit sous les coups, scellant le sort de son empire. La défaite fut totale. En un après-midi, la Syrie basculait, et avec elle, le cœur du monde arabe. Ce qui était inimaginable avant — la chute de la puissance mamelouke face à une armée « barbare » utilisant des armes « viles » — devint la nouvelle norme. La poudre avait démocratisé la guerre, rendant la noblesse de la lignée ou l'habileté au sabre moins pertinentes face à la capacité de produire et de manier des armes de destruction massive. Le Levant, ses routes commerciales et ses villes saintes, passait sous le contrôle ottoman pour les quatre siècles suivants.

L'Empire ottoman défait les Mamelouks à la bataille de Marj Dabiq, conquérant la Syrie — Marj Dabiq, Syria
Image: Chamboz · CC BY-SA 4.0

L'héritage de Marj Dabiq est que la bravoure seule ne suffit pas. L'innovation, même si elle semble grossière ou déshonorante aux yeux des puristes, est le moteur de l'histoire. Et parfois, le coup de grâce à un empire n'est pas donné par un coup d'épée héroïque, mais par le simple fait que l'on a refusé de regarder un canon en face, par peur de tacher sa chemise.

Source: en.wikipedia.org/wiki/Ottoman Empire

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