Victoire ottomane à Mohács décime la Hongrie
Mohács, Hungary
Le 29 août 1526, la plaine de Mohács, en Hongrie, est un four. Un soleil implacable cuit la terre, asséchant la moindre parcelle d'herbe. Depuis des semaines, une armée hongroise mal préparée et divisée campe là, sous une chaleur écrasante, attendant l'inévitable. Face à elle, les troupes ottomanes du sultan Soliman le Magnifique, aguerries et dix fois plus nombreuses, ont traversé les Balkans comme un couteau chaud dans du beurre, à une vitesse stupéfiante pour l'époque. Les Hongrois, menés par leur jeune roi Louis II, 20 ans à peine, avaient eu des mois pour se préparer, mais la réalité de la menace ne s'est concrétisée que lorsque le souffle chaud de l'ennemi s'est fait sentir sur leur nuque.
Ce matin-là, l'air est lourd de tension et de la promesse d'une bataille qui changera tout. Les chevaux s'agitent, les armures étincellent sous un ciel sans nuages. Louis II, dernier Jagiellon au trône de Hongrie et de Bohême, a rassemblé ce qu'il a pu : des chevaliers féodaux, des mercenaires, une poignée d'artillerie. Mais les renforts de Bohême et de Transylvanie n'arriveront jamais, retardés par des querelles internes et la logistique défaillante. De l'autre côté, Soliman aligne ses janissaires d'élite, ses sipahis redoutables et une artillerie lourde et mobile, fruit d'une organisation militaire sans égale en Europe. Une machine de guerre rôdée, patiente, qui a avancé méthodiquement, kilomètre après kilomètre, depuis Constantinople.
La bataille elle-même est un éclair. Les Hongrois, impatients et sous-estimant la puissance de feu ottomane, chargent les premiers. Leur cavalerie lourde, fière mais désordonnée, percute les lignes turques. Pendant un instant, la fureur des charges semble porter ses fruits, mais c'est un piège. Les Ottomans, habitués à ce type d'assaut, ont disposé leurs canons et leurs arquebusiers derrière leurs premières lignes, qui s'écartent pour laisser passer la furie hongroise avant de refermer le piège. Les tirs dévastateurs fauchent les rangs chrétiens. L'artillerie ottomane, maniée avec une précision mortelle, pulvérise les formations adverses. Les Hongrois, encerclés, sont pris au piège d'une infanterie ottomane disciplinée et d'une cavalerie légère impitoyable.
En moins de deux heures, le sort de la Hongrie est scellé. L'armée hongroise est décimée. Les pertes s'élèvent à près de 16 000 hommes côté hongrois, soit plus de la moitié de leurs effectifs, contre quelques milliers de morts pour les Ottomans. Le roi Louis II lui-même, fuyant le champ de bataille, se noie dans un marais près du ruisseau de Csele, alourdi par son armure. Son corps ne sera retrouvé que plusieurs jours plus tard, macabre épilogue d'une défaite fulgurante. La monarchie hongroise, qui régnait sur un vaste territoire d'Europe centrale depuis des siècles, cesse d'exister en un après-midi brûlant. Le royaume sera partagé, une partie annexée par les Ottomans, une autre par les Habsbourg, et la Hongrie ne retrouvera jamais sa pleine indépendance avant des siècles. C'était la fin d'une ère, et le début d'une autre, dictée par la puissance de feu ottomane.