L'USS Indianapolis coulé par des torpilles japonaises
Philippine Sea
Le croiseur USS Indianapolis coule en 12 minutes. C'est tout le temps qu'il faut pour transformer un navire de guerre en épave, et 1 196 hommes en naufragés.
Le 30 juillet 1945, à 00h14 précisément, deux torpédoes japonaises frappent le flanc du navire dans la mer des Philippines. Le premier impact se produit tribord, juste sous la tourelle avant. L'explosion déchire les compartiments d'acier comme du papier. Le commandant Charles Butler McVay III est sur la passerelle. Il sent le navire basculer, l'énergie électrique s'éteindre, puis — silence. Les générateurs tombent. Les lumières disparaissent. Dans l'obscurité totale, les hommes comprennent qu'ils ont environ dix minutes avant que le navire ne sombre complètement.
Le chaos s'installe immédiatement. Les hommes courent vers les postes d'évacuation. Certains sautent par les écoutilles. D'autres tentent de descendre les filets de sauvetage qui se balancent contre la coque. À 00h35, le navire penche si fortement que les hommes encore à bord glissent comme sur une pente. À 00h43, l'Indianapolis disparaît sous les vagues. Mille cent quatre-vingt-dix-sept marins se retrouvent dans l'eau, dans l'obscurité complète, entourés par les débris qui flottent autour d'eux.
Mais le désastre véritable commence là. Aucun message de détresse n'a été envoyé. Le commandant McVay avait décidé, quelques heures plus tôt, de ne pas utiliser la fréquence radio standard — une décision de routine, une économie de ressources. Personne ne savait que l'Indianapolis avait coulé. Personne ne viendrait les chercher.
Pendant quatre jours, les survivants flottent dans l'eau. Ils n'ont que quelques radeaux, quelques gilets de sauvetage. Le soleil les brûle. L'eau salée les déshydrate. Les requins, attirés par le sang et les mouvements, commencent à circuler autour des groupes. Les hommes meurent de soif en flottant dans l'océan. D'autres sombrent simplement, épuisés. Certains perdent l'esprit et se noient volontairement.
Le 4 août, un avion de patrouille repère par hasard les débris. Un navire de la marine américaine, l'USS Doyle, reçoit le message et se précipite vers le site. Quand il arrive, ce n'est pas mille deux cents hommes qu'on remonte à bord — c'est deux cent quatre-vingts. Trois cent dix-sept autres avaient disparu dans les quatre jours précédents. Le taux de mortalité était de plus de 80 pour cent.
C'était le pire désastre naval de l'histoire de la marine américaine. Et le plus étrange : personne n'avait remarqué que le navire manquait. Aucun officier n'avait vérifié sa position. Aucun commandement n'avait demandé des nouvelles. L'Indianapolis avait coulé, et le système entier avait continué de tourner, indifférent, pendant quatre jours de plus.
Le commandant McVay serait court-martial après la guerre — la seule fois qu'un officier américain fut jugé pour la perte de son navire à cause de l'ennemi.