Naissance de Louise Brown, premier bébé né par fécondation in vitro
Oldham, United Kingdom
Un médecin de quarante-huit ans rentre chez lui après avoir passé une aiguille dans un ovaire. Ce qu'il ramène, c'est un petit tube contenant quelque chose que personne n'avait jamais réussi à créer : un embryon humain conçu en dehors du corps d'une femme.
Ce médecin s'appelle Patrick Steptoe. Nous sommes en 1977, à Oldham, en Angleterre du Nord, une ville de textile qui n'a rien de glamour. Steptoe travaille depuis des années avec un chercheur en biologie nommé Robert Edwards — un homme qui a passé deux décennies à tenter quelque chose que presque tout le monde considérait comme impossible ou, pire, immoral.
Voici le problème qu'ils essayaient de résoudre : Lesley Brown, une femme de trente et un ans, avait les trompes de Fallope bloquées. Sans ces tubes, les spermatozoïdes ne pouvaient pas atteindre l'ovule. Elle et son mari John tentaient d'avoir un enfant depuis neuf ans. Les médecins lui disaient que c'était fini.
Mais Steptoe et Edwards avaient une idée étrange. Et si on sortait l'ovule directement du corps ? Et si on le mettait dans un plat, avec du sperme, et on laissait la nature faire son travail en laboratoire ? Et si, une fois que l'embryon commençait à se diviser, on le remettait dans l'utérus ?
Le truc, c'est que personne n'avait vraiment fait ça avant. Oh, Edwards avait travaillé sur des embryons de lapin. Mais un humain ? C'était du territoire inconnu. Les opposants religieux criaient à l'abomination. Les journaux parlaient de « bébés éprouvettes ». Le gouvernement britannique avait même interdit le financement public de cette recherche.
Steptoe développa donc une technique appelée laparoscopie — insérer une petite caméra et une aiguille fine à travers l'abdomen pour voir et prélever l'ovule sans ouvrir le corps. C'était de la chirurgie miniaturisée, de l'art presque. En novembre 1977, il préleva l'ovule de Lesley Brown. Edwards le féconda en laboratoire. L'embryon se divisa. Quatre jours plus tard, on le réimplanta.
Et ensuite ? Neuf mois d'attente dans une maison ordinaire, avec un mari ordinaire, en attendant de savoir si cela fonctionnerait vraiment.
Le 25 juillet 1978, Louise Brown naît. Elle pèse deux kilos sept cent cinquante grammes — un poids normal, un bébé normal. Sauf qu'elle est le premier humain jamais conçu en dehors du corps.
Ce qui est fascinant, c'est ce qui s'est passé après. Les gens avaient peur que Louise soit bizarre, déformée, anormale. Elle n'était rien de tout cela. Elle était juste un bébé. Cela a rendu la chose encore plus radicale : la technique marchait. Elle n'était pas de la science-fiction. C'était de la médecine ordinaire qui pouvait aider des gens ordinaires.
Aujourd'hui, plus de dix millions de personnes sont nées par fécondation in vitro. Louise Brown, elle, est devenue électricienne, s'est mariée, a eu ses propres enfants — naturellement, sans intervention médicale. Elle a passé sa vie à être l'exception qui prouva que rien n'était impossible.